L’édito, par Renaud Nicolas Petit, rédacteur en chef
Bonne nouvelle : les marques américaines relocalisent. Elles produisent de moins en moins en Chine et de plus en plus au Mexique. En Europe aussi, de grandes marques relocalisent, comme la néerlandaise C&A qui rapatrie sa production de denim entre l’Italie, la Hongrie, l’Allemagne et la Pologne. On parle de relocalisation mais pourtant, aucune de ces initiatives ne se réalise dans son pays d’origine. Où se tracent donc les frontières de la relocalisation ? Pour une marque européenne, produire sur le sol européen est considéré comme de la relocalisation. Cependant, pourquoi accorder plus de valeur à la production en Europe qu’au Maroc, par exemple ? Après tout, du point de vue français, la distance entre les côtes marocaines et les régions où le chanvre est cultivé et filé en Roumanie n’est pas significativement différente. Il est évident que la question de la relocalisation va bien au-delà de considérations logistiques, du renforcement économique ou des émissions de GES. Derrière la relocalisation, il y a aussi un désir de faire mieux et d’améliorer les conditions de travail des ouvrier·es de l’industrie de la mode. Relocaliser au sein de l’UE représente un pas vers une industrie plus éthique, bien plus significatif que de déplacer la production vers les côtes marocaines ou vers des ateliers italiens parfois opaques.
La relocalisation dans l’industrie de la mode ne peut pas être réduite à une simple question de géographie et de réduction de CO2 dûes au transport. C’est un processus qui exige une réflexion approfondie sur les enjeux sociaux, économiques et éthiques qui sous-tendent chaque décision. En fin de compte, il s’agit de faire en sorte que la mode soit plus équitable pour les ouvrier·es qui y contribuent.
LA QUINTESCENCE
Les points clés de la semaine sur The Good Goods et ses réseaux.
Une ouvrière travaille dans une usine textile au Maroc.
#SOURCING Après le made in Portugal, c’est le Made in Morocco qui a la cote - On lit cette mention sur toutes les étiquettes, du luxe à la fast fashion d’Inditex en passant par quelques marques responsables. Comment l’industrie textile au Maroc est-elle structurée ? Comment les conditions de travail ont-elles évolué, et quel chemin reste-t-il encore à parcourir ?
#RELOCALISATION Des jeans européens ? On l’a vu, la loi américaine UFLPA contre le travail forcé en Chine empêche Pekin d’exporter son coton et ses vêtements vers les Etats-Unis. En conséquence, de plus en plus d’usines de jeans et de denim poussent en Amérique du Nord. Pendant ce temps, que fait l’Europe ? Fabrique-t-on encore des jeans ici, et dans quelles proportions ?
#INNOVATION La mode est en partie responsable de la déforestation. En Amazonie, l’élevage de vétail est la principale cause de la déforestation. Or, le bétail est destiné, bien sûr, à être consommé mais aussi à produire du cuir. Quelles sont les lois en vigueur en Europe et dans le monde pour tenter d’encadrer tout cela et de limiter les dégâts ?
DEMAIN S’ECRIT (AVEC) LA VEILLE
A lire, à voir, à écouter ailleurs.
©The Good Goods
Qui en veut aux diamants de laboratoire ?
France Info - Il y a tout juste 2 semaines, la France annonçait l’interdiction du terme “diamant de culture” pour désigner les fabriqués en laboratoire. Les marques qui les utilisent devront utiliser les appellations “diamant de synthèse” ou "diamant synthétique”. Pourtant, ailleurs dans le monde, comme en Chine, ces diamants sont appréciés. On leur reconnait leur prix, bien inférieur, mais aussi le fait qu’ils permettent d'éviter les diamants de sang et les mines. Dans Forbes on lit aussi qu’ils peuvent permettre de casser le quasi-monopole de la Russie sur les pierres précieuses.
Le nord demande du cuir, et la forêt perd du terrain au Brésil…
Apparel Resources - Alors qu’on parle du la déforestation en Amazonie causée, en partie, par l’industrie du cuir, le Mexique vient d’augmenter ses achats de cuir brésilien de plus de 400 % en un an. Le pays est désormais au 5e rang mondial des acheteurs de cuir brésilien.
Prada met la main à la pâte
Prada Group - Le Groupe Prada rejoint la Fashion Task Force de la Sustainable Markets Initiative. Cette initiative présidée par l'entrepreneur de la mode et de la tech Federico Marchetti et lancée par le Roi Charles III en 2020 vise à fédérer les grands acteurs de la filière pour accélérer la transition. Le Groupe Prada contribuera en partageant son expertise en matière de traçabilité.
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